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Décembre 2011, Ushuaia : nous retrouvons Brice
Monégier du Sorbier, skippeur de Podorange,
solide voilier en acier de 20 mètres. Avec
Corinne Perron et Julie Lhérault, deux
navigatrices passionnées par les mers du Sud,
ils forment un équipage d'exception, prêt à
relever le défi de cette deuxième édition du
voyage ski exploration en Péninsule Antarctique.
Deux mondes se rencontrent, s'observent : même
si des similitudes existent entre la mer et la
montagne, nos terrains de jeu s'avèrent bien
différents.
Le ticket d'entrée en Péninsule Antarctique
n'est pas donné : le Drake qui sépare le Cap
Horn de la Péninsule Antarctique compte parmi
les mers les plus difficiles de la planète.
Pour Brice, Corinne et Julie, c'est sans
artifice qu'il se franchit : à la barre sans
casquette protectrice et sans pilote
automatique. Dès la sortie du canal Beagle au
départ d’Ushuaia, c'est par des quarts de deux
heures sur le pont et à la barre et pendant 4
jours qu'ils nous font découvrir leur univers.
Malades, nous le serons tous mais tout comme le
corps s'acclimate à l'altitude, il s'amarine
également à la mer. Au final, même si la
traversée du Drake reste difficile, nous
éprouverons tous une grande satisfaction à la
barre de Podorange filant à plus de 10 nœuds sur
le chemin du retour.
L'appendice qui s'extrait de l'immense continent
Antarctique et qu'on appelle Péninsule
Antarctique s'étend entre 63 et 73 degrés de
latitude sud. Un immense terrain d'exploration
entièrement glaciaire, très crevassé par
endroit, mal cartographié, soumis à une météo
difficile; un terrain dont l'exploration
commence dès le niveau de la mer.
Accéder aux montagnes, c'est d'abord pousser le
bateau dans des fonds marins non cartographiés,
dans des fjords partiellement englacés, c'est
identifier des points de débarquements possibles
au milieu d'énormes fronts glaciaires, c'est
débarquer en zodiac dans du ressac parfois
important.
Brice, Corinne et Julie jouent le jeu sans
ménager leurs efforts pour nous permettre de
rejoindre des endroits jamais parcourus.
Nous débarquons sur la côte Ouest de l'ile
Livingston dans les Shetlands du sud au sortir
du Drake avec comme objectif le mont Friesland,
point culminant de l'ile à 1700 m d'altitude.
Montée dans le brouillard, installation d’un
camp au pied du sommet ; pendant ce temps,
l'équipe mer rejoint la côte Est pour identifier
un éventuel point de reprise. Le soir par
téléphone satellite, Brice nous indique les
coordonnées GPS d'une reprise possible.
Sous un soleil radieux refroidi par un fort
vent, nous trouvons un itinéraire d'accès au
sommet par des pentes soutenues entre séracs et
crevasses. Montagnes aux formes de meringues
glacées sur fond de mer, nous évoluons dans un
panorama d'exception.
De retour au camp, la journée n'est pas
terminée; nous décidons de rejoindre la côte Est
et le bateau par un glacier inconnu : départ
sans difficulté, la progression devient plus
lente quand surviennent les premières zones de
crevasses. Montées, descentes, traversées, le
chemin de retour réserve des surprises. Nous
apercevons finalement le bateau et c'est à bord
de leurs zodiacs que Julie et Corinne nous
dirigent à la radio sur le point de reprise,
étroite bande rocheuse large d'un mètre
surplombée par un mur de glace que nous
désescaladons. Il est 23h30 quand nous
réembarquons sur Podorange pour savourer cette
journée d’exception et un gigot d'agneau salé
aux eaux du Drake. Ici, à cette période de
l'année, le jour est permanent.
L'aventure se poursuit pendant 3 semaines entre
mer, montagne et observation d’une faune locale
omniprésente : manchots, phoques, léopards des
mers, baleines, orques... font partie intégrante
du décor.
Nous nous adaptons constamment à une météo très
changeante, la réussite de chaque projet
impliquant autant l'équipe mer que l'équipe
montagne. Après une traversée inédite sur
Livingston, nous avons la chance de pouvoir
réussir une traversée similaire sur l'île
Brabant avec l'ascension du Mont Cook, de faire
la deuxième ascension du Mont Matin, l'un des
plus hauts sommets de la Péninsule, dans 30 cm
de poudreuse, de traverser sur 60 km l'ile
d'Anvers sans pouvoir atteindre le sommet du
Mont Français faute de visibilité suffisante.
Ces 33 jours se sont écoulés à une vitesse
incroyable mais déjà
les projets d'exploration à bord de Podorange
pour les années à venir sont nombreux... |